著者
井上 奈緒美
出版者
日本フランス語フランス文学会
雑誌
フランス語フランス文学研究 (ISSN:04254929)
巻号頁・発行日
vol.83, pp.34-45, 2003-10-21 (Released:2017-08-11)

L'eglise de Combray, dans La Recherche, possede deux tapisseries du ≪Couronnement d'Esther≫, scene tiree de l'Ancien Testament. Proust se limite presque exclusivement a l'evocation d'Esther, heroine du Livre d'Esther, vetue de jaune, et a l'evocation d'arbres dores. Esther et les arbres se ramifient, devenant separement un leitmotiv important de l'oeuvre. Pourquoi Proust ne figure-t-il presque qu'Esther et les arbres? Dans la peinture ≪Esther et Assuerus≫ chez Proust, et dans la tapisserie du Coronnement d'Esther referee par l'ecrivain, est representee la scene celebre ou Assuerus tend son sceptre d'or a Esther. Il n'y a d'arbres qu'a l'arriere-plan. Si Proust a tenu compte de ces ceuvres, il a developpe sa vision propre. Proust a fait dans une lettre un dessin d'Esther, en decalquant la ≪Concordia≫, l'une des beatitudes que reproduisait une oeuvre d'Emile Male. Esther de ce dessin porte un sceptre, se rattachant a l'arbre comme symbole. Et il s'agit aussi de la ≪Concordia≫. Comme le montre un manuscrit, Proust symbolise, par Esther, la concorde entre le judaisme et le christianisme. Et on trouve dans une note de la Bible qu'un autre nom d'Esther, Hadassa, signifie en hebreu myrte. Proust represente le vrai nom d'Esther par des arbres. En outre, dans un carnet et des manuscrits, on trouve une reference du ≪myrte de Virgile≫. Le myrte, dans l'Eneide, est un attribut de Venus, la mere d'Enee conduisant son fils vers une nouvelle terre. Enfin, rappelons l'identite de couleur entre le rameau d'or de l'Eneide, et les arbres dores des tapisseries. Proust jalonne son roman, en figurant le vrai nom d'Esther par des arbres correles avec ceux de l'Eneide, pour mener a bonne fin sa propre tentative ardue.
著者
永井 典克
出版者
日本フランス語フランス文学会
雑誌
フランス語フランス文学研究 (ISSN:04254929)
巻号頁・発行日
vol.79, pp.3-13, 2001-10-21 (Released:2017-08-11)

L'histoire de Sophonisbe racontee par Tite-Live a inspire de nombreux dramaturges. Cette heroine s'empoisonne pour sauver la gloire royale contre le pouvoir romain: pour elle, la mort est preferable is la captivite. Le poison qu'elle prend est ainsi la manifestation de sa gloire. Mais nous constatons que l'amour de Massinisse prend une importance grandissante jusqu'is devenir la force motrice de la piece avec La Sophonisbe (1635) de Jean Mairet. Dans cette tragedie d'amour, en effet, Massinisse envoie le poison a Sophonisbe avec la promesse de la suivre et la Reine le prend de bon coeur sachant qu'ils seront unis chez les morts. Le poison symbolise maintenant leur amour, mais ii reste associe is la gloire: la Reine delare que sa mort par ce poison est une gloire puisque Rome apprehende sa vie. Il l'est cependant encore davantage dans la Sophonisbe (1663) de Pierre Corneille. Cette piece, out sont restitues les points historiques que Mairet avait modifies, redevient une tragedie de gloire. Bien plus, meme si le poete delare qu'il depeint la Sophonisbe historique, son heoine n'agit pas conformement is l'Histoire. Elle accuse Massinisse d'avoir perdu la dignite royale, refuse d'accepter son don et lui renvoje le poison: <<Reportez, Mezetulle, is votre illustre Roi / Un secours dont lui-meme a plus besoin que moi >>. L'amour a completement disparu. Quand Voltaire reerit cette histoire, ii met en scene un <<amant parfait >>: pour ne pas la livrer is Rome, Massinisse perce le sein de la Reine. Dans une tragedie d'amour parfait, le poison perd sa place. Le suicide etant un acte de volonte, Ia maniere dont un personnage se donne la mort resume et symbolise Ia vie que l'auteur a voulu lui donner.
著者
吉田 城
出版者
日本フランス語フランス文学会
雑誌
フランス語フランス文学研究 (ISSN:04254929)
巻号頁・発行日
vol.85.86, pp.273-291, 2005-03-01 (Released:2017-08-11)

Notre objectif, dans le present article, est de jeter quelques lumieres sur la genese de Du cote de chez Swann de Marcel Proust, en nous appuyant sur les premieres epreuves corrigees, dont l'existence n'a ete devouverte qu'en 2002. Il s'agit d'un jeu de placards etablis par l'editeur Grasset en 1913, sur lequel Proust a apporte de nombreuses corrections et additions. Chose curieuse, il n'y a guere de chercheurs proustiens qui se soient penches sur ce probleme. Une etude des procedes de correcton dans ces placards nous permettra de combler cette lacune concernant la genese de la Recherche. Voici le sort qu'a subi ce document preciex: apres la mort de Marcel, Robert Proust et sa femme Marthe l'ont conserve avec d'autres dossirs manuscrits de leur frere. Quand Robert est mort en 1935, Marthe l'aurait vendu au collectionneur Jacques Guerin, celui qui vendra a la Bibliotheque Nationale les treize Cahiers de brouillon (63 a 75). On a retrouve ces epreuves dans la collection de Guerin quand celui-ci a decede le 6 aout 2000 a l'ate de quatre-vingt-dix-huit ans. Le 6 juillet 2002, elles ont ete mises aux enchers chez Christie's a Londres. C'est le Musee Bodmer a Geneve, appele a cette epoque Bibliotheca Bodmeriana, qui les a acquises. Ces placards se composent de 52 feuilles de grand format, contenent chacune 8 colonnes imprimees et non paginees. La premiere feuille porte le timbre du ≪31 mars 1913≫, date de composition chez l'imprimeur Charles Colin a Mayenne. Sur la derniere feuille (l'avant-derniere page d'≪Un Amour de Swann≫) est appose le cachet du ≪14 mai 1913≫. Nous choisissons quatre episodes dont l'etat de correction presente un interet particulier : l'incipit de la Recherche, la lanterne magique, M. Vinteuil et sa fille et enfin l'ouverture d'≪Un Amour de Swann≫. L'examen de ces textes corriges nous devoile que Proust a continue avec acharnement et jusqu'au dernier moment le travail de suppression et d'ajout de facon a donner a ces episodes un sens profond qui puisse annoncer et preparer la suite du roman. Loin d'etre un simple remainement lexical, thematique ou stylistique, la correction proustienne nous rappelle ici comme ailleurs l'importance de la transformation textuelle, voire structurelle, qui ne cesse de s'effectuer au-dela de la premiere compositon de l'imprimeur.
著者
原 大地
出版者
日本フランス語フランス文学会
雑誌
フランス語フランス文学研究 (ISSN:04254929)
巻号頁・発行日
vol.91, pp.140-154, 2007-09-20 (Released:2017-08-04)

Les premiers vers de Mallarme sont ceux d'un garcon qui remplit ses cahiers en revant qu'un jour il sera un poete fecond et rivalisera avec ses maitres romantiques. Sans doute connait-il ensuite Baudelaire, Poe et Banville et eprouve-t-il des crises intenses qui bouleversent sa vie litteraire et spirituelle ; il n'oublie pourtant jamais le destin et le devoir dont le romantisme charge les poetes. N'est-ce pas cette mission epique qui l'incite plus tard a pratiquer a sa facon l'interaction de l'ecriture et du siecle ou celle-ci est posee? Ce petit essai tente d'apporter une contribution a la recherche de cette lignee au moins inavouee sinon cachee : nous situons Mallarme dans la descendance de Hugo, qui l'a tant charme dans sa jeunesse et dont la mort lui a donne le sentiment que venait de s'ouvrir un <<interregne>>poetique. Partons du vers initial du poeme <<Les Fleurs>>, qui est un de ses premiers poemes publies : <<Des avalanches d'or du vieil azur [...]>>. Hugo avait ecrit un vers fort semblable dans La Legende des siecles : <<Des avalanches d'or s'ecroulaient dans l'azur>>. Ressemblance assez connue que nous reexaminerons a notre tour, en recourant aux concepts de fecondite et de sterilite. Cependant, notre intention n'est pas de reprocher a Mallarme un plagiat quelconque, mais de voir au debut de sa carriere une experience de sterilite, experiencce negative qui prepare pourtant la <<rarete>>de sa propre poesie. Nous determinerons ainsi le point qui separe non seulement les deux poetes mais aussi la poesie romantique et celle qui lui succede. Il nous sera necessaire d'etudier aussi le cas de Baudelaire, qui a approfondi l'imaginaire de la sterilite et l'a instaure au coeur meme de la poesie francaise moderne.